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Les peuples oubliés du Tibet

Crédit photo: Constantin de Slizewicz

Crédit photo: Constantin de Slizewicz

du 4 juin au 1 septembre 2007

Photographies: Constantin de Slizewicz

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Jeune photographe-reporter, Constantin de Slizewicz vit depuis sept ans au Yunnan, en Chine populaire.

Dans ces exposition, il nous raconte son périple dans les vallées de la Saluen, du Mékong et du Yang-tsé, jusqu’aux confins de l’Amdo, à la rencontre des peuplades tibétaines et chrétiennes.

Il nous fait découvrir le Tibet, bien loin des versions idéalisées de l’Occident, de Pékin ou de Dharamsala. Un Tibet toujours féodal et religieux, mais aussi un Tibet qui disparaît, rattrapé par la « civilisation et le progrès ».



Les catholiques des "Alpes Yunnaises"


Cette terre de Missions, l’écrivain explorateur du National Géographique, JF Rock, la nommait comme étant « les derniers postes de la Chrétienté ». Une tentative d’évangélisation du Tibet, où soixante pères français et suisses vont se succéder de 1854 à 1952, date à laquelle ils furent définitivement chassés par les Gardes rouges. Cinquante ans après le départ des missionnaires, cinquante ans coupé de Rome, voici un voyage nostalgique vers ses églises des « Marches tibétaines ».

Les poutres de l’église sont bien équarries, les vitraux ont disparu et les fenêtres laissent généreusement rentrer des bouffées de vent qui font vaciller les bougies. Dans cette nef rouge, glacée, mon cœur est réchauffé par ces litanies. Réunis pour la prière, ils sont plus de deux cents fidèles, à genoux, les mains jointes, chantant des Ave Maria ; face à eux, une statue en bois représente la vierge de Lourdes. Dans la pénombre, les flammes des cierges accentuent le cuivre des visages, visages aux pommettes saillantes, visages de catholiques tibétains. Tibet ! La piste se perd dans des canyons désertiques, aux passages scabreux. Parfois des oasis jettent une note de verdure dans ce paysage désolé. Dans cette vallée, les rares hameaux se cachent dans les ravins, construits sur d’étroites plaines. Soudain surgit Yerkalo. La résidence de la mission est plantée comme un fortin, à quelque 300 m au-dessus du Mékong. Cette Mission, fondée en 1867 par les Pères Biet et Desgondins, est aujourd’hui administrée par un jeune prêtre tibétain, le Père Lu Rendi. Il est le seul curé de ce diocèse grand comme un département français. Dans son église, une fresque gigantesque représente un Christ ressuscité aux yeux bridés, sur les statues des Saints sont posés des hada, écharpes de soie tibétaines. Aujourd’hui, le jeune prêtre va à Lhassa ; chercher un architecte pour restaurer sa chapelle, endommagée par un tremblement de terre. La paroisse de Yerkalo peut se venter d’être la seule implanté sur le territoire proprement dit du Tibet. La raison est historique.

Au XIX siècle, le royaume des Dalaï-lama interdisait toutes infiltrations étrangères et d’autant moins l’intrusions d’une religion autre que le Bouddhisme. Après quelques déboires avec les lamas, se soldant par la mort de pères et de catéchumènes, les missionnaires trouvèrent plus prudent d’établirent leurs terres d'apostolats dans le nord du Yunnan, sur cette région tampon aux pays des neiges, appelées les « marches tibétaines ».
Pour retrouver ces églises, il faut longer le Mékong, direction plein sud ! À la gare routière de Dequen, une employée m’explique que « exceptionnellement, il n’y a pas de bus pour Tsedzhong » : sur ces 80 km de route, les pluies ont causé de nombreux éboulements. Seule solution, être pragmatique comme un Tibétain, avancer par tous les moyens : à pied, en camion, à moto… Lors de cette descente le long du Mékong, le paysage se métamorphose brusquement, maintenant il y a des cultures et des forêts luxuriantes en amont du fleuve. L’on peut attribuer cette végétation et changements radical de climat aux voisinages des puissants massifs du Khawakarpo « le Génie de la Neige blanche » (6 809 mètres), qui, avec ses cinq sommets, forme un écran, retenant les pluies. En découvrant ce pays le géographe Jacques Bacot écrit « gorges parallèles, démesurées, absolument pareilles, il n’y a rien de si géométrique au monde ».

Dans ce décor hostile, sans routes ni ponts où les rives escarpées des torrents ne sont reliées que par des câbles de fibres végétales, seul un montagnard aguerri peut survivre. Les Français, dont beaucoup moururent par accidents, maladies seront rejoints par des Suisses de l’hospice du Grand-Saint-Bernard.?? Des vignes au Tibet, au crépuscule, je pénètre dans la plaine de Tsedzhong ; « étroite bande de terre de trois kilomètres de longueur en bordure du Mékong » écrit le père Goré, qui vécut ici plus de trente années. Le hameau doit conter plus d’une soixantaine de familles, de culture naxi, tibétaine et loutse. Avec une majorité de catholiques, Tsedzhong regroupe aussi des foyers de confessions bouddhiste et animiste. C’est un catholique, Alibert (Liu Wei Zhang), 64 ans, qui me fait visiter la basilique, il en connaît tous les secrets qu’il mêle volontiers à des souvenirs d’enfance enjolivés. D’architecture de style sino-gothique, l’église fut solennellement bénite par les missionnaires en 1911. Au-dessus de la porte, sur le fronton, est gravée une inscription en latin « Venite ad me omnes que labbaratis et onerati astis ».


L’auteur a publié un ouvrage sur ces peuples :
Constantin de Slizewicz, Les peuples oubliés du Tibet, Perrin Asie, 2006.