En 2008, la Société des Missions Étrangères de Paris fait mémoire de ses débuts, il y a 350 ans.
Au XVIe siècle des missionnaires européens, pour la plupart jésuites, dominicains ou franciscains, avaient annoncé l’Évangile en plusieurs contrées d’Asie. Mais très vite, les communautés chrétiennes furent persécutées par les pouvoirs politiques qui voyaient en elles des sectes susceptibles de saper les fondements de la morale et de l’ordre établi. Les rares prêtres qui dirigeaient ces chrétientés étaient tous étrangers et facilement repérables.
Le jésuite avignonnais Alexandre de Rhodes (1591-1660) fut missionnaire au Tonkin et en Cochinchine pendant une vingtaine d’années à partir de 1625 et il en fut chassé plusieurs fois au cours de cette période. Il exposa à la Congrégation de la Propagande, la nécessité d’envoyer sur place quelques évêques, afin de former et d’ordonner des prêtres locaux. Il faut savoir qu’à l’époque ne se trouvait dans tout l’Extrême-Orient qu’une poignée d’évêques résidant exclusivement dans les colonies espagnoles et portugaises.
Le pape Innocent X décida en 1652 d’envoyer en Asie trois évêques qui relèveraient directement de la Congrégation de la Propagande au lieu d’être soumis à l’autorité des rois très chrétiens d’Espagne et du Portugal, comme cela était le cas depuis le traité de Tordesillas en 1494, traité qui établissait le partage du nouveau monde seulement entre l'Espagne et le Portugal. Ces évêques seraient envoyés en Asie par le pape pour agir en son nom, d’où le titre de « vicaires apostoliques » qui leur fut donné.
Il restait à trouver des candidats pour devenir vicaires apostoliques, qui soient prêts à vivre cette aventure de foi périlleuse, et il fallait leur assurer les soutiens nécessaires. De passage en France en 1653, le P. de Rhodes y avait fait connaître ce projet dans les milieux catholiques fervents et en particulier dans ceux de la capitale, le Paris de M. Vincent, de Bossuet et de M. Olier ! Il rencontra un grand enthousiasme.
Après plusieurs années de difficultés diverses, les vicaires apostoliques furent enfin désignés. Un des candidats proposés en 1653, François de Montmorency-Laval, fut nommé par le pape Alexandre VII évêque de Pétrée et vicaire apostolique de la Nouvelle France (Canada français) en avril 1658. Au mois de juin de la même année, le pape appelait à l’épiscopat et nommait les deux premiers vicaires apostoliques d’Asie : François Pallu, évêque d'Héliopolis, pour le Tonkin, et Pierre Lambert de la Motte, évêque Béryte, pour la Cochinchine. Un troisième vicaire apostolique, Ignace Cotolendi, sera nommé évêque de Métellopolis pour la région de Nankin (Chine) en septembre 1660.
La nomination par le pape des trois premiers vicaires apostoliques d’Extrême-Orient fut le point de départ d’une nouvelle page de la Mission. Le Saint-Siège reprenait ainsi l’initiative de l’évangélisation qu’il soustrayait à la tutelle des puissances coloniales. Surtout, il lançait un grand mouvement d’implantation, par les instituts et congrégations missionnaires, d’Églises locales dotées de leur propre clergé, qui parviendraient progressivement à la maturité, la dernière étape étant l’érection de diocèses et la nomination d’évêques locaux.
Du point de vue de l'Église de France, la nomination en 1658 de Mgr Pallu et de Mgr Lambert de la Motte fut comme la source d’un flux de prêtres qu’elle n’a cessé depuis lors d’envoyer vers l’Asie et, depuis les années 1950, vers l’océan Indien également. En effet, les premiers vicaires apostoliques fondèrent le Séminaire des Missions Étrangères (en 1663) et le corps de missionnaires qui s’appelle aujourd’hui Société des Missions Étrangères de Paris.
En 2008, 350 ans après sa fondation, la Société des Missions Étrangères fait mémoire avec admiration de l’engagement sans réserve pour la mission de ses premiers vicaires apostoliques et de leurs compagnons. Ils quittaient une vie confortable pour partir sans savoir où ils allaient et sans esprit de retour, dans l’unique but de contribuer au salut de peuples inconnus en y enracinant l’Église par leur ministère.
Mgr Lambert de la Motte s’embarqua à Marseille en 1660 et arriva au Siam 2 ans et 2 mois plus tard. Il y mourut en 1678 sans avoir jamais revu son pays natal. Mgr Cotolendi quitta la France le 3 septembre 1661 et mourut en chemin près de Masulipatam, en Inde, le 16 août 1662. Mgr Pallu s’embarqua à Marseille le 2 janvier 1662, passa par la Perse, gagna le comptoir de Surate, traversa l’Inde, et enfin arriva à Ayuthaya, capitale du Siam, après deux ans de voyage, où il retrouva Mgr Lambert de La Motte, qui l'y avait précédé.
Ensemble, ils décidèrent l’établissement au Siam d’un Collège général, où serait formé le clergé indigène. Après plusieurs voyages à Rome pour régler les questions pratiques des missions, Mgr Pallu partit en 1683 pour la Chine, fut arrêté en mer et fait prisonnier pendant plusieurs mois par les Espagnols. Enfin, le 27 janvier 1684, il arriva en Chine et se fixa dans le Fokien (Fujian). Étant tombé malade, il se retira à Muyang, où il mourut le 29 octobre 1684. À la suite de ces pionniers et grâce à eux, près de 4500 prêtres et évêques des Missions Étrangères sont partis vers l'Asie : la Birmanie, le Cambodge, la Chine, la Corée, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, le Laos, la Malaisie, Singapour, Taïwan, la Thaïlande, le Vietnam, puis vers l'océan Indien : Madagascar et Maurice.
Pendant que les vicaires apostoliques travaillaient en Asie, beaucoup d’événements se passaient à Paris. Le 8 décembre 1663, le Séminaire des Missions Étrangères s’établit dans les bâtiments du 126 et du 128 de la rue du Bac, cédés par Mgr de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone.
Dans les Lettres patentes qu’il signa en juillet 1663, Louis XIV appela ce nouvel établissement “Séminaire pour la conversion des Infidèles dans les pays étrangers”. La même appellation fut reprise par l’acte de
confirmation de l’abbé de St-Germain des Prés, le 27 octobre 1663, et par les Lettres de confirmation accordées par le Légat du pape, le cardinal Chigi, le 11 août 1664. La chapelle des Missions Étrangères sera construite entre 1683 et 1691 par Lebas-Dubuisson.
La Société des Missions Étrangères exprime aujourd'hui son action de grâce pour tout ce qui a été réalisé au cours des 350 années écoulées. Certains fruits en sont mesurables (diocèses établis, prêtres formés, développement numérique de l’Église, congrégations de religieuses, séminaires, églises…). D'autres fruits ne le sont pas, telle la fécondité du don de soi dans le silence ou dans la persécution. Un certain nombre de prêtres des Missions Étrangères sont morts martyrs aux côtés de chrétiens et de prêtres locaux. L’Église a déjà canonisé 23 d’entre eux, mis à mort pour leur foi en Chine, en Corée et au Vietnam.
Le jubilé de 2008 est l’occasion de faire mémoire avec reconnaissance de toutes les merveilles que le Seigneur a accomplies en Asie depuis trois siècles et demi. Il est aussi une invitation à participer aujourd’hui à l’annonce de l’Évangile, en particulier en Asie.